Considérations sur l'enseignement

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M. Georges Bresset

   

Le Shihan de la section kendo d'Avignon,
Georges Bresset (5ème dan), est documentaliste
de la commission d'enseignement du CNK
et Palme d'or de l'enseignement de kendo.

Il nous livre dans cette rubrique ses réflexions personnelles sur l'activité d'enseignement du kendo.


Le questionnement perpétuel de l'enseignant de kendo:
"ma façon de transmettre est-elle correcte ? Comment l'améliorer ?"

La transmission de l'escrime du kendo est chose ardue pour les occidentaux. Il semble qu'elle ne puisse être correctement et efficacement enseignée au plan physique qu'un travers d'une gestuelle tenant lieu d'exemple à reproduire. Cette gestuelle est trop complexe pour se soumettre à l'explication verbale. Toute langue n'est qu'un "pointillé" par rapport à la "ligne continue" de la réalité du geste. Jadis, même les professeurs kenshi de renom évitaient absolument de passer par la parole pour enseigner. Ils donnaient des exemples et encourageaient à "imiter" untel ou untel. Ils craignaient de tromper par un descriptif forcément incomplet. Ce semi mutisme n'a donc rien de mystérieux et ne recèle aucune volonté de dissimulation: la pédagogie moderne, même au Japon, s'est greffée sur cette manière d'enseigner.

Pour ma part, au début très dubitatif sur cette méthode, j'ai, avec l'expérience du temps, vérifié son bien fondé. On ne sait jamais comment peut être interprété un mot par un élève; il est donc préférable d'avoir la patience de faire répéter, presque jusqu'à plus soif, un geste ou une séquence de gestes afin de le faire correctement assimiler par un élève; il faut être prêt à passer plusieurs cours, voire semaines, pour y parvenir.

Le kendo est une pratique traditionnelle profondément culturelle. Faut-il plier son âme à cette culture? Non; mais il faut être assez modeste pour bien comprendre la nature subtile du kendo que les japonais eux-mêmes ne parviennent pas toujours à pénétrer, surtout fonction de leurs propres enseignants qui ne sont pas tous et toujours de niveau suffisant.

Il ne faut jamais se contenter de comprendre intellectuellement. Les professeurs professionnels attestent que le kendo s'apprend "par le corps". Cela aussi je l'ai vérifié et si parfois tel enseignant peu paraître focalisé, voire crispé, sur un point difficile à faire comprendre, à défaut d'en savoir plus que lui, il faut lui faire confiance. Pour autant, je copie fidèlement et je fais confiance à mes enseignants. Enseigner le kendo en parlant amène l'enseignant à "casser le rythme de travail de ses élèves. Si tel enseignant a un message correctif à délivrer, il doit le faire à la fin d'une séquence, rapidement, et faire travail sur ce correctif.

Par ailleurs, il faut apprendre à l'élève à se poser à lui-même la question "pourquoi...?" au lieu de la poser tout de suite à son enseignant. S'il trouve la réponse, ou un accès à cette réponse, il a gagné par rapport à son problème et à lui-même. L'enseignant ne peut donner à boire à un âne qui n'a pas soif. On ne peut comprendre un phénomène de l'échelon 10 qu'après avoir gravi les 9 précédents.

L'enseignant ne peut transmettre honnêtement et correctement que ce qu'il a appris et connaît (a vécu) véritablement. Il ya 38 ans déjà, M. Yoshimura citait la locution: "Esprit du débutant". IL n'y a que peu que j'ai pu comprendre l'ampleur de cette disposition d'esprit dans la pratique. C'est pourquoi je participe à beaucoup de stages. En parlant de stage, je regrette énormément que trop peu, voire aucun kenshi de notre section participent à deux ou trois de ceux-ci dans une saison. Un stage d'été est formidablement formateur.

Soyez en éveil et "transpirez" sans pour autant vous abstenir de réfléchir.

G.B.
31 mai 2007


Recommandations pour l’enseignement d’un kendō profitable à l’éducation de l’Homme

  •         INSISTER sur les éducatifs, mais ne jamais les séparer de l'ensemble de la pratique ; ceci afin de pourvoir le pratiquant d'une « forme de corps ».

  •         Le plus vite et raisonnablement possible nantir le pratiquant de l'élément KI KEN TAI NO ITTCHI.

  •         Ne pas enseigner ce qui n’est pas du niveau du pratiquant.

  •         Ne pas interrompre une série d’exercices en cours.

  •         Ne pas interrompre un ji-geiko pour donner des conseils à aite ; se servir du shidô geiko.

  •         Ne pas exposer/expliquer trop longtemps ; si nécessaire, procéder par séquences sur un même sujet. (Dérogation est faite lors d’un stage de progression quand il faut développer les thèmes de travail.)

  •         Ne pas être strict, mais « tenir » son groupe.

  •         Ne pas laisser fléchir l’intérêt des pratiquants.

  •         Toujours s’assurer de la véracité de ce qu’on enseigne.

  •         Le pratiquant ne progressera, entr’autre, qu’en l’obligeant à un effort physique ; la fatigue venant, son esprit viendra aider son corps. C’est ce qu’on appelle « apprendre par le corps ». Dix uchikomi valent mieux qu’une parole.

  •         Les mots sont insuffisants à expliquer tous les composants, soit d’un geste, soit d’une théorie : il faut compenser par l’action gestuelle (mise en pratique).

  •         Toujours préparer ses cours ; prévoir de pouvoir adapter un cours en fonction de la présence réelle des pratiquants (niveaux).

  •         Toujours s’exprimer sur le mode affirmer et ne pas solliciter l’approbation des pratiquants avec des expressions comme « d’accord ? ».

  •         Laisser faire des erreurs ; ne pas corriger systématiquement.

  •         Donner clairement les ordres.

  •         Donner les ordres dans le vocabulaire requis en kendō (1) ; dénommer techniques et exercices dans le vocabulaire requis en kendō (1).

  •         Ne pas se « battre » avec ses élèves. Utiliser les shidô geiko.

    [(1) langue japonaise du lexique]

G.B.
14 novembre 2005


SHIHAN: l'enseignant référence

  •  Ne dirige pas directement le cours.

  •  Peut, à son gré, tenir le rôle de motodashi.

  •  Participe aux assauts libres (ji.geiko)

  •  Porte particulièrement son attention sur la manière des moniteurs de diriger le cours.

  •  Fait part, après le cours, de ses observations aux moniteurs s'il y a lieu. Les moniteurs notent ses observations.

  •  Soucieux de faire progresser l'enseignement dans la section, s'assure que ses observations sont prises en compte.

  •  S'assure de l'orthodoxie de l'ensemble de la pratique.

  •  Répond aux interrogations des moniteurs et des élèves.

  •  Fournit les références technique qui peuvent être demandées (revues, livres, DVD, vidéo...) pour lever des doutes techniques.

  •  A la demande des moniteurs, apporte son soutien (confirmations, infirmations) lors d'interrogations techniques, dans le déroulement du cours

  •  Dans le cas de cours à plusieurs niveaux, peut aider le moniteur dans son action.