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Gérard Pons,

Senpai de la Section Kendo d'Avignon

La carrière de notre senpai est exemplaire à plus d'un titre: d'une part parce qu'elle témoigne de son sincère et profond engagement dans le budo, d'autre part parce que dans sa quête de la Voie, il a côtoyé quelques uns des plus grands professeurs et sensei.

Comme beaucoup d'occidentaux il est entré dans les arts martiaux par le judo en 1961. En 1964, alors qu'il est ceinture marron il fait la rencontre de Maître Hiroo Mochizuki, l'un des plus grands maître japonais enseignant alors en Occident, et "fils" du grand Minoru Mochizuki (élève direct de Jiguro Kano, le créateur du judo) et de Morieî Ueshiba, créateur de l'aïkido. Sa recherche spirituelle passe alors par le Zen où il rencontre, en 1969, Maître Deshimaru dont il suivra les enseignements pendant deux ans.

Gérard Pons, 3e dan de Kendo à l'entraînement
Gérard Pons à l'entraînement
(c) Claude Rey, 2004

En 1973, il passe son professorat d'aïki et il obtient le 4ème Dan en 1977. Il a également été l'assistant direct du Maître, commissaire aux grades et expert national (le titre de D.T.N. n'existant pas encore). Sa première rencontre avec le kendo date de 1970 où il effectue un stage avec MM. Hamot et Durant sous la direction de M. Shiga (4ème dan, très fantasque aux dires de certains), premier professeur japonais à avoir enseigné le kendo en France. C'est en 1976 qu'il commence officiellement le kendo. 1er dan en 1979, 2ème dan en 1983, il passe son diplôme d'enseignant en 1985. Pendant toute cette période il effectue également de très nombreux stages de kendo sous la direction de MM. Yoshimura, Hamot, Raick et Pruvost. Il obtient son 3ème dan en 88. Gérard arrive au club d'Avignon en mars 1992. Les cours sont alors déjà dispensés par Mohamed Mohatta. En 1994, il interrompt sa pratique pour raisons personnelles alors qu'il est sur le point de se présenter au 4ème dan. Il nous revient à la saison 2003-4 après 10 ans d'interruption avec la rigueur et l'Esprit qu'on lui connaît.


Index des chroniques


Notre senpai a également été le senpai de nombreux autres kenshis aujourd'hui éparpillés sur le territoire français.

Nombreux sont ceux qui prennent le temps de s'arrêter ici pour y lire les réflexions et les conseils de Gérard Pons.

C'est pourquoi nous leur ouvrons désormais l'espace du forum pour y rédiger leurs réactions ou leurs expériences.

Chroniques de 2005

Chroniques de 2006

Chroniques de 2007

le rôle du senpai  
définition du terme kohai  
les objectifs du pratiquant  
l'intelligence des mains  
le kiaï  
ce supplément d'uchi  
tel un aigle  
montre-moi ton kendo... je te dirais qui tu es !  
le dojo n'est pas une église...  
mais il peut être un temple  
geiko
et fraternité
Kendoka, guerrier de la vie

Paroles de vestiaire
Le Sabre et l'Humanité

Les duels: Mensuren
Excalibur: le début de la Quête
Fais ce que dois, advienne que pourra
Apprentis enseignants

Quitter son foyer 6
Le Chemin vers la Lumière 6
Toutes les Voies mènent à la Lumière6
Ta vie est elle le reflet de ton escrime ? 6
Le lacher prise 6


Ma condition de senpai et la responsabilité dont je me sens investi, m’amènent à vous livrer quelques réflexions...

Analysons le terme « senpai » qui se prononce [senpaï].
SEN
 : avant, d’abord, qui précède (même racine que sensei).
PAI 
: compagnon, camarade.

Mais cette traduction littérale est trop simple, nous savons que  l’idéogramme est un symbole, et qu’il faut chercher l’idée sous le symbole, il y a toujours plusieurs interprétations possibles, c’est ainsi que le mot senpai recouvre un autre sens, l’ « ancien », qui a été sur le chemin, sur la voie avant les autres compagnons (je reviendrai sur le terme de compagnon dans une autre chronique), il a donc eu à subir les vicissitudes de celui qui cherche, il a été confronté aux rigueurs des entraînements, il a payé pour ses erreurs, il sait de quoi il parle.

Quel est son rôle ?   

Le senpai se doit d’être, un cœur, une oreille, des yeux, un porte voix et je dirais surtout un modèle, son attitude doit être digne en toutes circonstances, il doit mériter la confiance.

Bien sûr il a le rôle ingrat de garde chiourme, il doit veiller à la bonne discipline, sans excès certes, mais sans faiblesse, car la discipline favorise l’écoute, le travail et peut-être l’éveil.

L’enseignant ne doit pas « perdre son temps » à régler les petits problèmes, seuls doivent lui remonter les questions importantes ; le senpai est donc là pour veiller au quotidien.
Le sensei pourra charger le senpai de certaines missions auprès des pratiquants, les critiques émises par le senpai sont moins blessantes, que si elles étaient faites par l’enseignant

A l’autre bout de la chaîne il y a le kohai, celui qui vient d’arriver, on est toujours le kohai de quelqu’un.

La chose qui nous étonne, nous occidentaux qui avons le souci de la performance sportive, qui regardons le grade, c’est que chez d’autres peuples la notion de tradition n’a pas sombrée dans le chaos de la modernité.
Ainsi le kohai, un jour peut-être, dépassera par ses résultats le senpai, mais cela n’altérera en rien le statut de ce dernier, senpai il est, senpai il restera. Cela bien évidemment n’est valable que dans le dojo auxquels appartiennent les pratiquants, à l’extérieur, c’est le grade qui prévaudra.

Voyez chers compagnons que les responsabilités sont lourdes pour le senpai, il serait intéressant que vous-vous interrogiez sur votre situation de kohai, qui veut prendre la plume ? 

Gérard Pons

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Voici le temps venu du kohai… Toi…

Attardons nous à l’idée sous le symbole du kanji. Kohai se prononce [ko-aï] comme aïe, même finalité que [sen-pai].

Le kohai, c’est le cadet, le jeune (dans la pratique), la nouvelle génération, celui qui arrive après. Pour nous rapprocher de certaine société « spiritualiste » nous dirions le « novice ».
Pour nous, c’est aussi le compagnon. Tiens, tiens ! nous avons déjà vu ce terme. En Occident ce terme est lourd de symboles, le compagnon est celui avec qui on partage le pain (à rapprocher de la symbolique judéo-chrétienne).

Pour nous ce sera aussi celui avec qui on partage l’enseignement, l’effort, la douleur; nous cheminons et cherchons ensemble sur la Voie, celle de la connaissance, du dépassement de soi-même. Nous sommes reliés les uns aux autres… nous sommes frères d’arme. Quand l’un des vôtres travaille avec un enseignant, que le kakari geiko fait suite à un geiko épuisant et que vous sentez que votre frère d’arme est au bord de l’épuisement, vous devez vous tenir derrière et l’encourager. Nous le voyons les kohai sont reliés par un fil qui va de cœur à cœur.

Le kohai vient tel un petit piaf, recevoir la béquée de Georges, de Fred ou de Mohamed, mais a-t-il conscience, ce petit piaf, que son enseignant lui fait une avance ?
Aujourd’hui cher
kohai « petit piaf » tu prends bien innocemment, mais… sais-tu que cette avance faite vaut contrat ? Sais-tu que tu t’engages à rembourser ce chèque en blanc qui t’est offert ?
Dis-nous cher
kohai comment tu penses t’acquitter de ta dette. Allez petit frère… on t’écoute…

Le Senpai
Myamoto du Lac

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Quels sont les objectifs
que le pratiquant de notre discipline peut raisonnablement se fixer ?

En premier lieu, des objectifs sportifs, surtout s’il est jeune. Il s’entraînera en pensant aux compétitions futures, aux « pions » qu’il assénera sur l’autre, l’adversaire, cet autre soi-même qu’il faut dépasser.

C’est une démarche saine et nécessaire. Personnellement j’ai souvent porté un œil critique sur les débutants (surtout s’ils sont jeunes) qui mettent en avant la « philosophie » dans un art martial, même si bien sûr cela reste à découvrir, mais après… après en avoir bien bavé. C’est l’un des maux dont souffre l’aïkido. La compétition est un passage obligé, un moment dans notre pratique.

Autre objectif, la rigueur, venir s’entraîner par tous les temps, le froid (suivez mon regard), les grosses chaleur… C’est une victoire sur soi-même que de venir apprendre à manier le sabre, quand tout nous appel à rester chez soi (famille, fatigue du boulot, télé, etc…). Quand on est capable de se faire violence et de  vaincre ses faiblesses on forge son caractère. Sachez que, bien que privant votre famille ou vos amis de votre présence, ceux-ci seront amplement récompensés par l’alchimie qui s’opérera en vous.

Pour moi, le plus important des salaires que vous toucherez par la pratique régulière de notre discipline (deux entraînements hebdomadaires minimum) c’est l’attitude.

La pratique de « la voie du sabre », génère une force intérieure ; en fait, tout humain possède un centre vital, placé dans le hara (pour simplifier nous traduirons par ventre). Les exercices de notre discipline, favorisent l’éclosion de cette force vitale, souvent inconsciemment, mais pour ce faire il faut avoir une posture irréprochable, ce qui explique le soin que mettent Georges et Fred à corriger notre attitude. Ce n’est pas le maniement du sabre qui vous aidera dans votre vie de tous les jours, mais bien plutôt une attitude forte.

 Je vais vous donner un exemple… Il y a plusieurs années j’étais en recherche d’un emploi, et devais me présenter devant les « chercheurs de têtes ». Lors de l’entretien, assis en face du recruteur, j’étais dans la posture kendo : Assis bien droit sur ma chaise, face à lui (surtout pas de jambe croisée, car assis sur une seule fesse on est en déséquilibre), j’avais la posture du mokuso, menton rentré, tête droite, mains et bras relâchés, respiration ample venant du hara, à l’écoute de l’autre, la seule force que je m’autorisais était celle du regard… hé oui comme en combat.

Alors, si votre objectif n’est pas de devenir un champion, œuvrez pour devenir un homme fort, entraînez-vous avec conviction, cela explique pourquoi il m’arrive de vous bousculer.

Le Senpai
Gérard Pons

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De l'intelligence des mains

Notre sensei Georges, émaille ses cours de réflexions fort pertinentes, aussi ai-je retenu l’une d’elle : « l’intelligence de l’homme est dans ses mains ».
Bien sûr il s’agit là d’une image démontrant l’importance de nos mains lors des frappes ; Mais pas seulement, en effet les artistes, les compagnons du tour de France et leurs fameux « chefs d’œuvre », les artisans, les sportifs, le chirurgien, sont concernés par cet aphorisme.
Je rapprocherais cette réflexion d’une remarque que j’ai entendue il y a plus de quinze ans venant de Monsieur Hamot. Pendant un cours qu’il délivrait aux élèves enseignants, il nous a dit que lorsque une frappe était délivrée correctement, il y avait comme un petit picotement à l’intérieur de nos mains, une sorte de satisfaction ressentie dans nos paumes, mais il pondéra notre enthousiasme par un : « ne vous emballez pas, cela ne vous arrivera pas souvent ! ».
Hélas oui, le ippon parfait n’existe pas, plus nous progressons dans la Voie, plus il s’éloigne, parce que nous devenons plus exigeant.

Monsieur Courtine, l’un des plus grands judokas que la France ait connu, avouait que dans sa longue carrière, il pouvait compter sur les doigts d’une seule main les ippon satisfaisants.
Alors qu’en est-il de la « jouissance » de nos paumes, de l’intelligence de nos mains… Mes très chers frères d’arme, je vous laisse à vos sensations…

Le Senpai
Gérard Pons

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Le Kiaï

 Le kiaï. Ah ! ce kiaï ! utilisé mais souvent mal compris par les débutants. Pudeur ? Crainte du ridicule ? Difficulté à se libérer de certains carcans ? Toujours est-il que beaucoup peinent à s’extérioriser.

Tant et tant de choses ont été écrites sur le sujet que j’ai quelques réticences à revenir dessus. Je dirais simplement, qu’il faut expliquer aux débutants, qu’ils doivent prendre la mesure de leur propre kiaï, celui-ci les aidera à mieux se connaître (connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et ses Dieux), à extérioriser des énergies qu’ils possèdent et qu’ils ne soupçonnent pas.

Le kiaï n’est pas un habillage, il doit venir du plus profond de nous même (pour simplifier nous dirons du ventre), il ne doit pas gaspiller notre énergie, c’est au contraire l’inverse ; nous devons y puiser courage et force. Mon seul conseil (je laisse les autres à nos senseï), il doit TOUJOURS aller vers le haut, vers les cimes, et non descendre vers l’abîme : le dernier men de kirikaeshi doit monter vers le ciel et non s’écrouler vers le plancher !

Alors compagnons d’arme faites-vous violence et aux prochains entraînements rugissez et éveillez le félin qui est en vous !

Le Senpai
Gérard Pons

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Ce supplément d’uchi

Nous connaissons  « ce supplément d’âme » qui caractérise ce petit quelque chose qui fait la différence, et qui provient du tréfonds de l’être. C’est ce que possèdent les grands artistes et qu’ils restituent dans leurs œuvres. Il en est de même dans nos frappes, disons donc pour paraphraser « ce supplément d’uchi ». Mais comment cela s’obtient-il ?

Pour les artistes nous savons que le don n’arrive qu’après le travail, ce sont des milliers d’heures passées derrière un instrument, un chevalet, une boule de glaise, une page blanche, qui ont magnifié leurs œuvres.

Pour nous aussi c’est le travail, le dépassement physique de soi-même. Sur chacun de nos exercices livrez-vous à 100 %, comme si c’était la fin du cours et que vous y mettiez tout ce qu’il vous reste comme force. Bien sûr, au début, vous serez plus rapidement fatigué, mais à la longue vous repousserez vos limites, ne calculez pas. Quand avec votre partenaire vous avez fini vos exercices avant les autres parce qu’il y en a qui lambinent, reprenez une série avec lui jusqu’à ce que les lambins aient terminés !

Il existe des exercices appropriés qui sont à notre disposition, mais il appartient à nos enseignants en fonction du niveau moyen des pratiquants (une chaîne est aussi solide que le plus faible de ses maillons) de les faire pratiquer ou pas.

Le Senpai
Gérard Pons

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Tel un aigle

Tel un aigle perché sur le faîte d’un arbre…
Tel un aigle de sa situation stratégique observant sa proie.
Tel un aigle « royal » gonflant ses plumes, le regard impitoyable, prêt à fondre sur sa proie.

C’est dans cette posture, et surtout dans cet état d’esprit que l’escrimeur doit être en face de son « adversaire ».

Il doit le dominer.
La taille du pratiquant ne fait rien à l’affaire ; Des pratiquants petits par la taille se révèlent immenses lorsque nous sommes en face d’eux. Certains pratiquants japonais plutôt frêles, doublent de volume lors des assauts.

Quel est ce mystère ?

Avant toutes choses bien évidemment le travail, la longue et patiente pratique. Kihon, geiko et encore kihon, mais pas seulement.
Lorsque vous aurez acquis un minimum de technique, disons autour du 1er dan, lors des assauts…vérifiez votre posture, à partir des pieds (parallèles afin que votre buste soit face à l’adversaire), pied gauche légèrement décollé ( environ 3 cm), pied droit décollé d’une feuille de papier à cigarette (c'est-à-dire qu’il ne repose pas),  puis remontez, les genoux (légèrement fléchis), les hanches (de face), la force dans le bas du ventre (
tanden), les fesses serrées, les bras (sous l’aisselle droite un œuf, sous la gauche une feuille de papier à cigarette), le menton ferme (légèrement rentré),  la nuque (dans le prolongement du corps), le poids du corps également répartit (voir plutôt en avant), le regard perçant, en un mot un  port altier.
Et à partir de là, votre posture étant irréprochable, imaginez être un aigle sur un rocher, plus haut que votre adversaire, le regard pénétrant, gonflez votre poitrine, « glatissez* » avec un souffle venant du ventre,  grandissez-vous, transmettez votre énergie à la pointe de votre sabre. Menacez, menacez encore… Déployez  vos ailes… Menacez encore…

 C’est fini vous avez marqué IPPON.

* Glatir, cri de l’aigle !

 P.S. : Souvenez-vous toujours, qu’il vaut mieux jeûner avec les aigles que de picorer avec les poulets !

Le Senpai
Gérard Pons

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Le dojo n'est pas une église

La pratique des Arts Martiaux est une longue quête, un chemin semé d’embûches, mais c’est un lieu commun que de l’exprimer ainsi. Pourtant c’est l’exacte vérité, et il n’y a rien d’irritant à le rappeler…

En revanche ce qui m’irrite au plus haut point, c’est lorsque exprimant ma passion pour mes disciplines, aïkido et kendō, je vois mon interlocuteur prendre une mine de dévot et de mettre en avant l’aspect quasi religieux de mon art.

Certains ou certaines ont déjà tout compris ; en quelques leçons on doit atteindre « l’extase », pour eux il n’y a pas d’enseignants mais des « maîtres » ; devant notre mine étonnée de tant d’excès,  nous lisons alors dans le regard de notre dévot un sentiment de quasi pitié !

 Reprenons : Je pratique les arts martiaux japonais depuis 45 ans, plusieurs entraînements par semaine, certains week-ends, les stages pendant les vacances, je suis professeur diplômé d’état, cela a été une partie de ma vie, je dirai sa colonne vertébrale, je ne compte plus les fractures, les fêlures, blessures de toutes sortes.

La sueur toujours, le sang souvent, sont présents pendant notre travail. La douleur, l’épuisement sont notre lot. J’ai eu la chance, aussi bien en France qu’au Japon, de m’entraîner avec les plus grands professeurs. Alors et la mystique dans tout ça ? Quand on s’entraîne, ce que l’on a en tête, ce n’est pas la recherche d’une quelconque illumination, en japonais satori, mais bien la recherche du geste parfait.

 Gloire au travail ! Sans relâche sur le métier les budokas (pratiquants d’art martiaux japonais) remettent leur ouvrage.

A cette étape il n’est nullement question de quête spirituelle, si celle-ci vous a effleuré l’esprit lors de votre premier engagement, elle vous aura quitté pendant les longues séances d’entraînements, du reste nous remplaçons souvent le mot entraînement par celui de « travail ». Le dépassement de soi,  la recherche du geste parfait et de son efficacité, sont nos uniques préoccupations.

Le sens de notre rituel est a priori lisible pour le nouvel adepte, puisque « en apparence » il met en avant les égards que l’on doit à nos enseignants et le respect de notre adversaire.
Nos disciplines sont issues des arts de la guerre, et même si elles se sont transformées en Voie de Sagesse, le pratiquant doit rechercher avant tout l’efficacité, peut-être même le résultat sportif. Alors, me direz-vous,  tout ce que l’on nous dit sur ces disciplines est un leurre ?

Bien sûr que non ! Mais ce n’est pas le but que l’on doit s’assigner lorsque l’on pratique. Tous ces frémissements que l’on ressent ne viennent qu’après une longue, très longue pratique, durant laquelle on aura cherché à être efficace. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs.

Voila pourquoi les remarques des dévots qui parlent de notre art comme d’une religion, comparent nos enseignants à des gourous,  en occultant tout le travail et l’abnégation qui s’y rattachent, m’agacent ! Si certains d’entre nous sont touchés par la grâce, ma foi ils le cachent bien !

Ce sont souvent les pratiquants ayant un faible niveau, ou encore incapables d’exécuter le geste parfait, qui parlent le mieux de la transcendance des arts martiaux, et qui trouvent refuge dans une pseudo philosophie, qui existe, certes, mais qu’ils seront incapables de découvrir.

Il n’y a pas une lumière divine perchée en haut du dojo qui n’attendrait qu’un signe pour choir sur la tête des pratiquants.

Le Senpai
Gérard Pons

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Montre-moi ton kendo... je te dirais qui tu es !

Avec beaucoup d’années de pratique et une bonne dose de psychologie, nous pouvons, aisément, à l’occasion des échanges, connaître le caractère ou tout au moins les grands traits, de celui qui est « en face ». Cela est surtout valable pour les kyusha.

Qui devinons-nous à la pointe de notre shinaï ?

Je cite dans le désordre : Un doux, un qui veut bien faire, un qui est entré là par hasard, un qui aime les coups tordus, un orgueilleux, un qui n’en fait qu’à sa tête, un qui sera doué, un qui a peur… pour n’en citer que quelques uns.

Nous avons été un de ceux-là !

En fait, le débutant (jusqu’à un an de kendo minimum)  ne peut masquer sa nature profonde, sa pratique est révélatrice de celle-ci,  et c’est là que le mot « discipline » intervient. A pratiquer notre art, et surtout à le bien pratiquer (de tout son cœur, de toute son énergie), l’homme se transforme, c’est le miracle de la Voie du sabre.

Mon observation m’a révélé, que la notion de don n’avait que peut à voir avec les progrès effectués (je parle du caractère). Une nature peu sûre acquérra assurance et confiance, une nature brouillonne, mettra de l’ordre dans ses actions. Au delà de la performance sportive et des résultats dans les compétitions, voilà ce qu’une pratique saine peut apporter au moins doué d’entre nous.

Les progrès réalisés dans la « Voie » se refléteront dans notre comportement de chaque jour. Je cite un adage qui m’a été confié lors de l’un de mes séjours au Japon par un pratiquant 5ème dan, chez qui je logeais : bon cœur donne bon kendo, bon kendo donne bon cœur

Plus un débutant à du chemin à parcourir, loin de me léser, plus je serais à même de lui apporter,  et plus il me donnera en retour.Celui-ci est de moi, mais pour être honnête, je paraphrase quelque peu Saint-Exupéry qui écrivait : « Plus tu diffères de moi mon frère, loin de me léser, plus tu m’apportes ». Je dois aimer mon partenaire, surtout s’il m’est inférieur, le tirer vers le haut, afin de l’amener aux multiples interrogations sur sa pratique, sur lui-même. 

Le Senpai
Gérard Pons

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Si le dojo n’est pas une église…, il peut être un temple !

 Il y a plusieurs semaines je vous avais livré quelques réflexions sur la notion de dojo et d’église, agacé que je suis, par ceux qui ne voient dans les arts martiaux et la Voie, qu’un chemin spiritualiste, occultant tout le travail en amont. Néanmoins, il me faut revenir sur ce sujet « ambigu » pour être bien compris.

Si le DOJO, n’est pas une église avec son cortège de dogmatismes, force est de constater que c’est un lieu d’ « Enseignement » avec un E majuscule, parce que, on y enseigne pas seulement un savoir (comme dans n’importe quelle université), mais une Connaissance ! J’aurai l’occasion, plus tard, de revenir sur ces notions de savoir et de Connaissance.

 Le DOJO n’est pas une salle de sport… avez-vous déjà vu un handballeur, enlever ses chaussures et incliner la tête lorsqu’il entre dans un gymnase ? Vous avez noté que j’ai dit incliner la tête et non courber la tête ! On s’incline en signe de respect et de reconnaissance, mais on ne se soumet pas à une quelconque autorité supérieure. De plus, et peut être surtout, au pays du soleil levant, il n’y a pas de poignée de main, mais une inclinaison de la tête.

Alors ? Alors pour que tout fonctionne, il faut se plier à : « l’étiquette ». Les anciens du dojo, ont pour mission de Transmettre une Culture, un Art, une Discipline qui n’est pas de notre culture. Si nous devions nous préoccuper que du maniement du shinaï, notre Art serait condamné à la dégénérescence. La Voie du Sabre est un tout, avec un rituel rigoureux (je prends à dessin ce terme de rituel qui peut être heurtera certains amis). Avant la technique du sabre il y a tant et tant de choses à expliquer, qui ne sont pas du domaine du rationnel. La greffe ne peut prendre que si la terre qui la recevra a été profondément travaillée.

 Si le dojo n’est pas une église, ni une salle de sport, qu’est-ce ?

Je répondrai : « Un Temple », et j’ouvre là, bien sûr un débat. Mais quel que soit le mot que l’on emploie, l’important c’est le Respect de l’Étiquette et de la Tradition. Et je ne nie pas que notre travail, s’il est bien accompli, puise déboucher un jour, sur une forme de Spiritualité, mais cela est du domaine privé. Connaissance, Rituel, Tradition, Temple, Spiritualité... tout me laisse penser que nous en reparlerons…

Le Senpai
Gérard Pons

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 Geiko et fraternité

Il m’arrive (pour l’heure de plus en plus souvent, allez savoir pourquoi…) que lors du salut à la fin du geiko, surtout lorsque celui-ci a été viril, d’avoir l’irrépressible envie d’étreindre dans mes bras mon partenaire, adversaire de ce court combat.

J’éprouve à cet instant un profond sentiment de gratitude à son égard, pour avoir « partagé  »  pendant ce court moment, fait de men, koté et autres tsuki dévastateurs, ce moment d’intimité. Le maître mot c’est PARTAGER, sans retenue aucune, puisque nous nous sommes livrés dans un assaut sincère. Pendant ce court moment c’est le Cœur qui parle, plus je le rudoie, plus je le respecte, plus il me marque, plus il me considère. Ce langage de cœur à cœur, c’est notre intimité, difficilement explicable avec des mots.

Quelle est cette alchimie ? (Seulement accessible à partir d’un certain degré). Toutes les barrières sont tombées, celle de la langue (s’il s’agit d’un étranger, souvent Japonais), sociale, culturelle. Un combat sincère élève l’esprit, ouvre notre cœur à l’autre, vous vous souvenez : « bon kendo donne bon cœur, bon cœur donne bon kendo ».Voila, la boucle est bouclée, enfin on pourrait le croire, mais, fort heureusement ce n’est jamais bouclé.

Alors, lors de vos prochains affrontements, donnez-vous sans retenue, soyez impitoyable avec votre partenaire, pionnez-le, mais également recevez en toute humilité les points qu’il aura su vous marquer, sans chercher à éviter les frappes bien appliquées (en penchant la tête sur le côté, par exemple). Si une action mérite ippon, laissez-vous frapper, c’est le salaire que votre partenaire reçoit en échange de sa bonne préparation, à cet instant c’est le cœur et l’esprit qui parlent.

Voila, vous aurez partagé…
Car à bien y réfléchir, l’ « autre », c’est vous-même…
Eh oui ! Mais ça, c’est une autre histoire que nous traiterons dans une prochaine chronique.

Le Senpai
Gérard Pons

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Kendoka, guerrier de la vie

 Notre présence régulière aux entraînements et le sérieux apporté à reproduire le « geste », sans cesse sur le métier, remettons notre ouvrage ! sont les éléments fondamentaux de notre progression. Mais est-ce suffisant pour faire de nous des guerriers ? Avons-nous acquit le KIME ? Et si non, comment l’acquérir ?

Et là il nous faut parler du shiaï, de la compétition. La compétition n’est pas le but de la Voie du sabre, certains même la boude et ne voient là qu’un artifice sportif. Certes, mais… la compétition est « un moment » indispensable de notre pratique, le but n’est pas de finir premier d’un tournoi (ou plutôt pas essentiellement) mais dans son dojo de se préparer à la compétition. Nous entendons ça et là, que quelques jours avant un rendez-vous il faut s’y préparer… trop tard ! Trop tard, c’est à chaque entraînement qu’il faut ajouter ce supplément dans la pratique, surtout dans l’esprit, être fort dans notre tête, dans notre âme de kendoka. Bien sûr il n’est pas inutile de revoir à la veille d’un rendez-vous sportif les règles fondamentales d’un assaut arbitré, mais il sera trop tard pour nous forger une âme de guerrier si cela n’a pas été une constante de notre pratique.

Ce n’est pas à notre professeur, ou plutôt pas seulement à lui de nous pousser dans nos limites, de les repousser de jour en jour. Le kendo ne nous apprend pas à devenir le premier d’un tournoi, mais aide à embraser en nous, la petite étincelle d’énergie que tout individu possède. C’est ça la Voie du sabre, prendre conscience de cette étincelle de lumière que tous les êtres portent en eux ; elle a été mise là à notre insu (par qui ?) et peu le savent !

Nos exercices, notre sincérité à les pratiquer, la concentration du début à la fin du cours (ne pas laisser s’envoler notre énergie) vont nous renforcer, pas seulement pour être le premier (il n’y en a qu’un) mais bien pour être dans une autre dimension, que les hommes que nous sommes remplissent leur espace (là c’est ouvert à tout le monde), devant l’adversité de la vie, des cruelles réalités qu’elle recèle, attaquer de front ses vicissitudes, devenir un GUERRIER DE LA VIE.

Voila ce que nous offre une pratique sincère, où nous allons au bout de nous même, nous rendre compte qu’au delà de notre fatigue il y a une terre promise, voilà le but de l’entraînement au shiaï.

Le Senpai
Gérard Pons

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Paroles de vestiaire

Ce soir là, mes murs avaient vibré plus que d’habitude, c’est vrai qu’ils étaient plus nombreux que les autres soirs. Certes je ne les voyais pas, mais les bruits provoqués par leurs cris et la frappe de leurs pieds sur le plancher venaient se perdre en écho jusqu’à moi.

Hélas ! je ne les verrai jamais en action, car pour les voir je les voyais, et comment ! Mais avant… et après… leurs ébats.

 Pour une bonne compréhension, il faut que je me présente : « je suis vestiaire », mais pas n’importe quel vestiaire, je jouxte un dojo où on enseigne le kendo. A la vérité, j’aurais pu plus mal tomber, je suis assez content de mon sort.

Le vestiaire, voyez-vous, est un endroit privilégié, bien qu’on ne parle jamais de moi, mais plutôt de la salle voisine, qui me vole toujours la vedette, alors que bien souvent, tout se décide chez moi.

En tant normal ils prennent toujours les mêmes places, c’est qu’on a ses habitudes dans un vestiaire.

Au premier coup d’œil je discerne le grade de celui qui s’équipe, je distingue aussi qui ce soir  mettra des pions aux autres et ceux qui, en petite forme, seront l’espace d’un entraînement les victimes de la fougue de certains. Il faut avouer que maintenant j’ai une certaine expérience.

Maintenant parlons de leur retour au vestiaire, car entre leur départ et leur retour après l’entraînement il y a peu de chose à dire ; à noter toutefois que certains ouvrent ma porte précipitamment pour s’enduire de pommade, ou farfouiller dans leur sac pour mettre des bandelettes.

De retour du dojo, lorsque je les vois, je dois dire que mon cœur de vestiaire s’attendrit, plus l’entraînement a été dur, plus ils auront donné d’eux même, plus intense sera mon émotion. Certains s’affalent sur mes bancs, le regard vide fixant le sol, d’autres debout, l’épaule contre mon mur, se déshabillent lentement, comme s’ils voulaient prolonger l’instant. Peu de mots, tout juste :

- Elle est comment ?

Je suppose qu’ils parlent de l’eau de ma douche.

Au premier coup d’œil, je décèle la qualité apportée par chacun à son travail. C’est le meilleur moment de ma vie de vestiaire, cette fraternité muette qui ne s’exprime que par des attitudes, tout juste un doigt pudique montrant un bleu sur l’avant-bras du voisin, et pour faire bonne mesure, l’intéressé éclate de rire. Toute cette chaleur, cette complicité, cette amitié (malgré quelque rancœur vite oubliée) me touche profondément.

Suis-je objectif, si je vous dis que les comportements de vestiaire sont d’une extrême importance ? Moments privilégiés qu’ils passent chez moi, et j’en tire fierté !

Après l’entraînement ce ne sont plus les mêmes, moi, le témoin muet, je mesure leur évolution, leur supplément d’âme.

A côté, dans le dojo, il y a l’intensité du travail, la rigueur de l’entraînement bien sûr, mais sur mes bancs, il y a la plénitude, l’accomplissement. Ils se laissent aller, plaisantent parfois lourdement, parlent de futilité, rarement de leur entraînement, ils font preuves de pudeur. Ici comme dans le dojo, se forge la vie du clan.

Non, pour rien au monde je ne la regrette ma vie de vestiaire.

Le Senpai
Gérard Pons

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Le sabre et l'Humanité

 « Tout au long de l’histoire de l’humanité, on constate dans le monde entier que le sabre, l’épée ou le poignard a souvent été utilisé au cours de différentes cérémonies rituelles. Il est permis de penser que c’est la peur et le respect inspirés par cette arme capable d’ôter facilement la vie, ainsi que la reconnaissance pour cet objet extrêmement précieux à l’époque, qui ont fait naître au cœur de l’homme une conscience particulière vis-à-vis de ces objets de fer...».

 J’ai extrait ce paragraphe du superbe livre de K. Yoshimura « Les Japonais et le sabre », pour illustrer les propos qui vont suivre.

Pour nous qui cheminons sur la «Voie du sabre », nous n’avons d’yeux que pour le katana (avec juste raison, tant cette arme est belle et efficace) en ignorant que dans notre société occidentale nous avions également un héritage sorti du Moyen-âge (qui pris fin au  XVème siècle, alors que le moyen âge japonais perdura jusqu’au XIXème siècle). Le passage à la Renaissance nous fit abandonner quelques valeurs chevaleresques. Cet héritage s’est quelque peu dilué, mais surtout éparpillé avec le temps. On en retrouve des bribes ici où là.

Ma chronique va cette fois tenter de remonter le temps, nous qui portons en héritage, sans bien en être conscient, « Durandal » et autre « Excalibur ».

Sachez qu’en regardant bien on retrouve des bribes de notre passé chevaleresque dans des sociétés qui n’ont en commun que l’usage du sabre ou de l’épée, je citerais certains « rituels » pratiqués dans des universités germaniques, ou la franc-maçonnerie et ses « initiations » et bien sûr l’ « escrime » qui, sous sa forme actuelle, nous revient d’Italie. Cette escrime qui vaut à la France tant de médailles sportives.

Telle va être la gageure que je me suis fixée. En fait, j’espère que cette chronique vous inspirera, et que vous apporterez votre pierre à l’édifice que constitue le maniement mais surtout la connaissance de notre ARME.

Le Senpai
Gérard Pons

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 Le sabre et l'humanité (suite) : MENSUREN

En août 1990 j’avais décidé de passer mes vacances dans une résidence à Uzès, pour la beauté de la région, certes, mais aussi et surtout pour être le plus près possible du stage de kendo organisé par Georges Bresset à Anduze, sous l’autorité de Monsieur Koda.

Je quittais ma résidence chaque matin aux aurores et y revenais en tout début d’après-midi, fourbu mais satisfait du travail accompli. Mes allées et venues à ces heures insolites, avec mon équipement en « bandoulière » ne tardèrent pas à susciter la curiosité de l’un des résidents, un allemand d’une cinquantaine d’années, vacancier comme moi, avec qui j’avais pris langue quelques jours plus tôt lors d’une soirée barbecue, il m’avait dit être pilote de ligne, commandant de bord à la Lufthansa. Je répondis volontiers à sa curiosité et lui parlait du kendo. Il me confia que dans sa jeunesse lui aussi avait pratiqué « une sorte » d’escrime. Une escrime seulement en usage dans la partie germanophone de l’Europe, essentiellement Allemagne, Autriche et Suisse alémanique, avec son index il caressa avec une fierté évidente de légères balafres sur son front et sur l’une de ses pommettes. Devant mon étonnement il me dit « Mensuren  » (Duel) !

Cela ne m’éclairait pas d’avantage, nous prîmes rendez-vous pour le soir-même, la curiosité avait changée de camp.

Voici donc, autant que je m’en souvienne et dans les grandes lignes, cette pratique bien singulière, en vogue dans certain milieu de la Germanie estudiantine.

C’est au XIXème siècle que naquirent les « verbindungen » dans les universités de langue allemande ; sorte d’amicale étudiante (qui n’avait rien d’amicale) compromis entre la Garde de Fer et le bottin mondain estudiantin. Cela correspondait à un renouveau de la pensée nationaliste.

Pour faire partie de ces Burschenschaften littéralement, groupe de jeunes hommes, il fallait (il faut toujours) satisfaire à quelques critères, être d’origine germanique, réussir dans ses études, être bien né (on y retrouve de nombreux nobles), et même s’ils ne l’avouent pas, porter un culte à la Grande Germanie.

Ces jeunes hommes se réunissent pour perpétuer les valeurs guerrières de leurs ancêtres (les chevaliers teutoniques ne sont pas loin !), en maniant le sabre. Voici comment se déroulent ces joutes.

Le cursus universitaire de ces hommes devra impérativement comprendre au minimum 4 « Mensuren » (duels), il s’agit de véritables combats, avec un vrai sabre qui coupe, les coups devront être uniquement portés au visage, la seule protection étant une paire de lunette en acier tenue par de fortes lanières de cuir recouvrant et protégeant les oreilles. Hors cette monture, le visage est à découvert. Les deux protagonistes d’universités rivales sont juchés sur une petite estrade (souvent une caisse), ils sont à la distance qui leur permet de se toucher, entre 1.20m et 1.60m, et à tour de rôle assène un coup du tranchant de leur sabre, il est interdit de faire une quelconque esquive, seule la parade est autorisée (kaeshi en somme), puis c’est au tour de celui qui a paré de frapper le visage de l’autre. Le corps est protégé avec des gilets matelassés. Ces Mensuren peuvent durer jusqu’à 2 h. Ce temps est réparti en plusieurs « rounds ». C’est le plus résistant, qui à l’usure aura raison de son adversaire, il lui fera une entaille au visage qui sera recousue à chaud, sur l’instant, sans anesthésie, avec du fil et une aiguille, par un étudiant en médecine. Le vaincu pourra afficher fièrement sa balafre et sa bravoure !

Le mensuren est le but ultime, mais pour avoir le droit d’y accéder, il faudra s’entraîner dur, 3 à 4 fois par semaine, et pendant plusieurs années ; le mensuren est le couronnement des études.

Voici, très brièvement résumée, cette pratique, qui a toujours cours de nos jours, et qui serait en augmentation en cette période de repli sur soi et surtout de manque de repère.

Surtout chers « Compagnons d’Arme »  il ne s’agit pas de juger, mais simplement dans notre tour d’horizon des pratiques du sabre, de savoir que cela existe, n’oubliez pas, amis kendoka, que c’est très certainement grâce à une jeunesse japonaise « nationaliste » accrochée à ses valeurs que nous devons aujourd’hui de pratiquer notre art. En bien des points (je ne veux pas ouvrir une polémique) il n’y a rien qui ressemble plus au nationalisme allemand, que le nationalisme japonais.

Ensuite me confiera Ralph, le pilote balafré (légères les balafres, et non sans charme), toute sa vie durant il gardera des contacts avec cette « élite » qui accède généralement à des postes de grandes responsabilités, car ne sont-ils pas « Waffenbrüder » : frères d’arme ?  Le contact sera encore plus fort, si l’un ou l’autre est l’auteur de ces balafres.

Et dire que certains se plaignent d’un do mal appliqué, ou d’un kote un peu brutal…

Le Senpai
Gérard Pons

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EXCALIBUR, ou le début de la quête

Deuxième volet de notre chronique : « Le sabre et l’humanité », Excalibur, ou le début de la quête. Origines du mythe chevaleresque.

Si nous devions dater la naissance de la Chevalerie occidentale nous pourrions nous accorder sur le XIème siècle. Toutefois ce n’est qu’au début du XIIème avec l’apparition du cycle arthurien et de son corollaire, la quête, la recherche du sublime, de l’absolu, qu’elle se sacralisa.

C’est Geoffroi de Monmouth qui le premier fit le récit de cette « geste ».

Il est important que nous explicitions notre démarche, nous ne voyons et ne voulons voire dans « la légende » des Chevaliers de la Table Ronde et du cycle arthurien, qu’un mythe, mythe qui a évolué à travers les siècles, en fonction de la pensée de l’époque, aujourd’hui nous dirions du politiquement correct.

Savoir si cela a  réellement existé sous la forme transmise par le  bouche à oreille et les ajouts ultérieurs d’auteurs comme Chrétien de Troyes ou Wolfram von Eschenbach, n’est que secondaire, c’est le symbole qui est important, laissons le savoir aux historiens, nous ce qui nous intéresse c’est la  connaissance,  alors me direz-vous quelle différence entre le savoir et la connaissance ?  Plus tard chers « compagnons d’arme » plus tard.

Le cycle Arthurien c’est la quête du Graal, et  certainement la naissance de l’esprit chevaleresque en occident, notre « Bushido » à nous.

Que dit la légende…Il était une fois… Il y a plus de 2000 ans un homme nommé Jésus qui souffrit sur la croix. De l’une de ses blessures,  Joseph d’Arimathie, notable, disciple de Jésus, recueillit le précieux sang dans une coupe taillée dans une pierre précieuse (une émeraude), le Saint Graal. Cette coupe (en forme de ciboire) sauvée et emmenée par Joseph d’Arimathie, se retrouva en Bretagne (on suppose la Grande Bretagne, mais dans cette légende les deux Bretagne sont intimement liées).
Nous voici plusieurs siècles plus tard (Vème ou VIème siècle) à la cour d’un roi nommé Arthur, qui réunissait ses chevaliers (entre trente et cinquante selon les versions, il nous plaît de penser qu’ils étaient trente trois) autour d’une table ronde (démocratique, car il n'y a pas de préséance).
Arthur avait été fait roi parce qu’il avait pris possession d’une épée merveilleuse aux pouvoirs magiques « Excalibur », épée qu’il aurait conquise, soit en l’arrachant d’un rocher dans laquelle elle était fichée, soit en la trouvant dans un lac.
Arthur donna comme mission à ses chevaliers (Lancelot du Lac, Perceval, Galaad,  Gauvin…) de retrouver le Saint Graal et son précieux sang. D’autres personnages viennent enrichir cette « Geste », Merlin l’enchanteur, la belle Guenièvre, Viviane…

Vint alors cette Quête, naissance de l’idéal chevaleresque. Avec des idéaux qui ne devaient jamais les quitter. Défense du faible, de la veuve et de l’orphelin, ne mettre son bras qu’au service de la justice, vivre dans l’honneur, la loyauté et l’amour de l’autre.

En dépit de chevauchées mémorables, de combats épiques, de joutes mortelles, ces pieux chevaliers ne peuvent récupérer le Saint Graal, ils l’approchent certes, mais sans pouvoir l’atteindre. Pourtant il se pourrait qu’ils l’atteignent, mais à la condition que leur comportement soit en tout point exemplaire. Ils voient le Graal, sont prêt à le posséder, mais à chaque fois il s’éloigne ; pauvres chevaliers qui doivent encore et encore remettre l’ouvrage sur le métier… Que de souffrances, d’abnégation, d’épreuves endurées, d’abandon de l’ego. Cela ne vous rappel rien ?

Voila « compagnon d’arme » ce qui nous relie à travers les siècles à cette noble chevalerie. Ce que nous voulons démontrer, c’est que les valeurs contenues dans le Bushido, existent également dans notre histoire. Glaive ou katana, qu’importe, nous empruntons la même Voie.

L’ennemi ce n’est pas l’autre,  il est contenu en nous même, c’est par un travail incessant sur soi même que nous parviendrons à approcher le Saint Graal.

Ton Saint Graal, notre Saint Graal, c’est ce men sans cesse répété, ce kamae que nous renforçons, entraînement après entraînement,  recherche de l’absolu voila le sens de notre quête, voila ce qui relit le kendoka sincère au chevalier.

Le Senpai
Gérard Pons

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Fais ce que dois, advienne que pourra

Nous voici à la quatrième chronique de cette « geste ». Bien sûr nous devrions évoquer  la Chevalerie et sa fière devise : « Fais ce que dois, advienne que pourra »  ainsi que les Ordres Chevaleresques, Templiers, Chevaliers Teutoniques, Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem qui, parbleu, savaient manier le glaive. Nous pourrions ouvrir tout un chapitre sur la récupération, fondée ou pas, de l’esprit chevaleresque, par certaines associations initiatiques telles la Franc-maçonnerie, qui intronise ses membres en pratiquant l’adoubement avec une épée. Cette épée nous vient du fond des âges et joue encore un rôle de « transmission » dans notre société en ce troisième millénaire.

Et puis jeter un regard sur l’autre discipline, qui manie le sabre, le fleuret et l’épée, l’escrime sportive, qui, si elle ne descend pas en droite ligne des duels oniriques, porte en elle bon nombre de vertus que nous souhaitons développer. Pour preuve, allez assister à un cours d’escrime, plus particulièrement un cours d’épée, et, fermez les yeux, écoutez simplement les conseils prodigués par le maître d’arme, vous serez extrêmement surpris et pourrez un instant pensez que vous êtes dans un dojo.

Oui nous pourrions évoquer ce qui précède et ouvrir d’autres chapitres, mais nous nous étions fixés deux objectifs :

Prendre conscience que notre pratique « exclusive » n’a pas pour but de construire un plafond, placé bas au dessus de notre tête, sur lequel il n’y aurait écrit que kendo, même si nous chérissons notre discipline.

L’autre objectif était de nous dire que l’outil, au sens noble, celui des compagnons qui réalisent des chefs-d’œuvre, avait été forgé dans la nuit des temps, qu’il perdurait depuis des millénaires et sous toutes les latitudes, et qu’après avoir donné la mort il nous avait été transmis pour que notre être puisse se hisser à ce que nous portons de meilleur en nous, cette petite étincelle mise là à notre insu, et que, sans cette pratique, nous continuerions d’ignorer (encore une fois, cela n’a rien à voir avec des résultats sportifs, même s’il n’est pas interdit de vouloir vaincre).

Voilà, par crainte de vous lasser, ou pire de nous éloigner par trop de ce que vous pensez être la Voie du sabre nous clorons (pour l’heure ?) sur ce sujet. Compagnons d’arme, regardez les bien ces quatre lames de bambou et pensez à tout ce qu’elles représentent et au respect qu’elles méritent.

Le Senpai
Gérard Pons

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Apprentis enseignants

Un dojo est entre autre une cellule humaine, un lieu qui permet, outre d’enseigner la Voie, de mettre en présence des êtres qui, sans la pratique, ne se seraient jamais rencontrés. Il y a un extraordinaire brassage de population, venant des horizons les plus divers, que la « recherche » réunie et fédère.

 Cela ne fonctionne que grâce à  une discipline librement consentie. Tout en haut de la pyramide, il y a l’enseignant, le sensei, que tout le monde respecte, parce qu’il transmet un savoir durement acquit. Il est le trait d’union avec la pratique des origines et le club que nous sommes devenus. À travers lui se sont les grands sensei qui s’expriment, car entre les authentiques duellistes qu’étaient les samouraïs et nous, il n’y a que quelques générations… Ce qui me fait regretter que lors de notre salut nous ne marquions pas celui-ci envers le shinzen.

 Mais il arrive un temps où les enseignants en charge du dojo doivent penser à la relève, et c’est là que je veux en venir. Plusieurs d’entre-nous, parce qu’ils en manifestent le désir, parce qu’ils sont jeunes, parce qu’ils présentent quelques dons, ont été choisis par le sensei pour assurer la relève. Cela n’enlève rien aux autres pratiquants, c’est même une chance de régénérer le « clan » (je préfère le mot clan à club, dans un clan c’est un peu tous pour un, un pour tous).

 Certains ont plus de pratique, plus d’expérience, un grade plus élevé, et pourtant ils devront se plier aux commandements d’un godelureau* ! N’est-ce pas le meilleur des combats que celui qui consiste à s’affronter soi-même, à vaincre son ego, à penser en termes de groupe et voir ce qu’il y a de meilleur pour le dojo ?

 Vous pourrez tester votre tolérance, quand ces godelureaux*, manquant d’expérience, se prendront les pieds dans le tapis. C’est un passage obligé, une nécessité : la survie du clan ; c’est à nous d’encourager leurs débuts. S’il y a des critiques (il y en aura) ne les faites pas en plein cours, allez voir discrètement après l’entraînement ces apprentis qui ne demandent qu’à apprendre et progresser.

Bien sûr les apprentis enseignants doivent également observer quelques règles de bonne conduite :

  • ·        aimer ceux qui s’en remettent à lui,

  • ·        ne pas se valoriser par rapport aux élèves,

  • ·        faire preuve d’une grande humilité,

  • ·        comprendre qu’il est au service des pratiquants,

  • ·        prendre l’engagement de faire des stages avec les sensei,

  • ·        avoir présent à l’esprit qu’il a le droit à l’erreur.

 On le constate, le travail d’enseignant n’est pas simple tant il est exposé : outre une maîtrise de la technique, de sa transmission, les apprentis doivent développer des vertus qui émanent du cœur, et ça, on ne le trouve pas dans les manuels. Enfin, qu’ils sachent qu’ils ont plus de devoirs que de droits. Alors armons-nous de patience et surtout ayons confiance, nous serons tous payés en retour.

Le Senpai
Gérard Pons

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 *Godelureau est ici employé dans une acception affectueuse, le Larousse dit : Jeune élégant.


Quitter son foyer

C’est avec ferveur que nous évoquons la rudesse de nos entraînements, l’engagement total de chacun d’entre nous lors des assauts, l’abnégation dans la recherche du geste juste. Que n’avons nous loué le courage manifesté par les kenshi… Il y a cependant un acte que nous n’évoquons jamais, c’est « l’abandon du foyer ».

Pourtant, il en faut de la force et un moral d’acier pour quitter (ou ne pas retrouver quand on part du travail) la douceur du cocon familial, le film à la télé, la bière sur canapé, et j’en passe...

Ne culpabilisez-vous pas en abandonnant votre conjoint, en laissant seul à ses devoirs scolaires votre enfant ? Ne vous arrive-t-il pas de vous traiter d’égoïste ? Est-ce ça être un samouraï ? Alors où est votre salaire, et surtout à qui profite-t-il ? Quelle différence entre un « abandon » pour aller battre le carton au bistrot du coin avec des amis et aller « travailler » la Voie du sabre avec ses compagnons d’arme ? Comment justifier votre désertion ? Serait-ce la Voie ?

Que de points d’interrogations !

Combien ont dû céder à l’appel du foyer et abandonner leur pratique. Vous allez au dojo, lieu où s’enseigne la Voie, non pour y pratiquer un sport ludique, mais pour retrouver des enseignants et des compagnons d’arme. Vous ne « jouez » pas, vous « pratiquez une discipline » dans le but de progresser dans les voies de la Sagesse et de la Connaissance. Ce sacrifice que vous faites partager à votre entourage doit trouver sa juste récompense par votre épanouissement personnel, vous ne serez plus le même, vous serez enrichi car le kendo a entre autre vertu celle d’améliorer l’homme.

Celui-ci doit rayonner en dehors du dojo. Ce nouvel être que vous tentez de devenir doit se manifester par votre comportement envers les êtres aimés. Quand vous êtes présent au foyer soyez totalement tourné vers votre famille. Entourez encore plus les êtres chers de chaleur. Soyez plus disponible pour votre conjoint, vos enfants, vos amis,  rendez à tous l’amour qu’ils vous ont manifesté par leur sacrifice. Répandez en dehors du dojo toutes les richesses que vous y aurez acquises.

C’est à ce prix que vous pourrez pratiquer la conscience tranquille. Notre pratique a un coût, on le constate, alors entraînez-vous encore plus fort !

Le Senpai
Gérard Pons

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Le Chemin vers la Lumière

 Le  Bouddha à qui l’on prête beaucoup, cheminait le long d’un étang, entouré de sa cohorte de disciples.

Cette cohorte d’élèves en recherche de sagesse, se nourrissait des propos subtils du Maître ; les questions fusaient à tous propos, souvent l’élève en sagesse ne recevait pour toute réponse qu’un long silence vite interprété. Tout était prétexte à « enseignement ».

Nos jeunes gens virent en surface de l’eau de magnifiques fleurs qui venaient s’épanouir à la lumière du soleil, mais en y regardant de plus près, on pouvait distinguer d’autres fleurs à peine épanouies qui étaient entre deux eaux, reliées par leurs longues tiges au fond de l’étang où elles avaient pris racine. La déduction fût vite tirée par nos moinillons, les fleurs ayant racine près des berges, là où l’étang était moins profond, n’avaient aucun mal à venir s’épanouir en surface, il en allait autrement pour les pauvres racines éloignées de la berge, situées en eau profonde, beaucoup d’entre elles ne verraient jamais un bel épanouissement en surface, pourtant que d’efforts,  ces fleurs partaient de plus loin, quel handicap ! Cela on s’en doute fût matière à interrogations et à questions en direction de l’Éveillé.

Comment Bouddha expliquait-il cette profonde injustice ? Tous les regards se tournèrent vers le Maître. Le Bouddha pris une profonde inspiration, allongea ces deux mains à plat en direction de la surface de l’eau, posa son regard sur toutes ces fleurs, les épanouies comme celles qui ne verraient jamais le jour mais qui s’étaient engagées sur le chemin de la Lumière, et les baigna d’un magnifique sourire…

Voila trois mille ans que les moinillons et leurs descendances s’interrogent.

Dans la Voie du Sabre, il est des pratiquants plus doués que d’autres, pour autant celui dont les racines sont enfouies plus avant dans l’étang doit-il abandonner ?  Non bien sûr, Les êtres n’ont pas tous les mêmes dispositions, ce qui compte c’est l’engagement, la recherche sur le Chemin. Ce chemin parcouru n’est pas vain ; cela s’appelle la VOIE.

Toutes les tiges quel que soit l’endroit où elles prennent racine doivent se construire avec une pratique sincère, le rôle des plus doués et des enseignants étant d’avoir plus d’attention pour celui dont la fleur prend racine en eau profonde, apprécier et respecter un travail sincère, fait d’abnégation et se féliciter non du résultat, mais du chemin parcouru, tous doivent contribuer à l’épanouissement de ces fleurs défavorisées, la responsabilité du dojo est engagée.

Le Senpai
Gérard Pons

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Toutes les Voies mènent à la Lumière

L’homme, belle prestance, allure altière, dispensait son enseignement. Les élèves, jeunes pour la plupart, étaient assis en demi-cercle devant le professeur. Un jeune homme debout près du maître  écoutait très attentivement les conseils qui lui étaient prodigués après qu’il eut fait son « exercice » devant toutes et tous, car il y avait également des jeunes femmes, un tiers environ, ce qui n’est pas fréquent dans cette discipline.
Mais laissons la parole à l’enseignant s’adressant à celui qui venait de travailler :

« Ce n’est pas sur tes mains que tu dois te concentrer, ce n’est pas sur tes pieds que tu dois porter ton attention, non, c’est dans le regard que tes connaissances doivent circuler. Mets ta force dans ton regard, intériorise celui-ci, car si tu privilégies une partie de tes membres cela se traduira par un raidissement, ton ventre doit vibrer. »

orgue

Ces paroles ne viennent pas d’un enseignant de kendo dispensant son cours dans un dojo. Je les ai entendues dans l’église Saint-Eustache près des Halles à Paris par un bel après-midi de juillet. Le maître de musique dispensait un cours d’orgue… L’orgue de Saint-Eustache est  un orgue prestigieux l’un des plus beaux qui soit ; j’ai omis de vous dire que l’élève était debout près de son clavier. J’ai vibré à l’écoute de cet instrument qui vous prend aux tripes, mais j’ai également été ému par les paroles de cet homme et de son autorité bienveillante.

Comprendre,  aimer, pratiquer une discipline  permet d’appréhender toutes les autres, le kendo n’est pas une fin en soi. Au risque de me répéter je dirais qu’un infime petit nombre trouvera la grâce dans le kendo, mais il ne tient qu’à vous que notre discipline et le travail qu’elle demande vous amènent à une autre forme de grâce, ouverture d’esprit, glorification du travail, regard sur l’autre et sur soi-même, compréhension et partage avec ceux dont les efforts incessants amènent à l’éveil. Cela vous fera aimer les êtres qui se passionnent. Le kendoka qui recherche le geste juste, le musicien qui recherche la note juste sont des frères en recherche, ils sont sur le même chemin, pourtant ils n’atteindront jamais la perfection car la perfection n’est pas humaine, ils peuvent s’en approcher mais jamais l’atteindre. C’est par une pratique sincère et de toutes leurs forces, qu’ils se retrouveront face à eux-mêmes, et ainsi pourront se connaître : « Connais toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et ses Dieux. »

Un maître de musique et un maître de kendo (comme tout autre maître d’une discipline qui élève l’esprit) ont tellement de choses en commun, ils ne peuvent que se comprendre, se respecter et s’aimer. Faites en sorte qu’il en soit de même pour leurs élèves. Dans une « discipline », les champions n’ont que peu d’importance, le meilleur c’est TOI,  parce que tu arrives à te sublimer. retour

Le Senpai
Gérard Pons

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Ta vie est -elle le reflet de ton escrime ?

J’aime assez cet aphorisme qui dit que l’ « On juge un arbre à ses fruits et non à ses racines ». Aujourd’hui, après tant et tant d’années de pratique il est normal que je m’interroge et que je nourrisse des réflexions que le pratiquant actif et en devenir ne se pose pas ; par exemple, à quoi cela sert-il d’avoir une technique exemplaire dans la Voie du sabre si parallèlement on ne progresse pas dans sa vie, si les vérités acquises dans le dojo restent enfermées dans celui-ci ; en un mot à quoi cela peut-il servir de n’être que grâce et pour le kendo ; de faire l’admiration de tous par sa prestance et sa gestuelle et de n’être que cela ?

Un aphorisme kendō dit aussi « Bon kendo donne bon cœur, bon cœur donne bon kendo. » J’y crois de toutes mes forces, pourtant, il existe de bons kendokas qui ne voient pas plus loin que le bout de leur shinaï, et dont la force acquise par l’entraînement ne se matérialise que dans la pratique et non dans leur comportement de chaque jour.
Querelle de personnes, jalousie, ego surdimensionné, je serais tenté de dire « tout ça pour ça ? »

Que l’on se rassure, ailleurs c’est pire… J’ai connu ça en Aïkido, discipline qui véhicule pourtant un concept et une image des plus flatteuses. Là, pour être calife on crée sa propre chapelle et on se trouve un « maître japonais » qui validera les dan ! Fort heureusement, en kendō, nous n’en sommes pas encore là !
Vous allez penser, et vous aurez sans doute raison, que vous me trouvez bien amer, bien dépité. Pourtant si vous relisez mes « chroniques » précédentes, vous remarquerez qu’elles ont toutes le même fil conducteur : c’est pour une amélioration personnelle que vous devez effectuer le geste parfait, pas seulement pour le ippon. Ainsi ce code idéal de conduite permet une amélioration et des progrès dans le dojo mais également hors du dojo, dans la vie de tous les jours. Il faut mener à bien son cheminement de guerrier, shinaï en main, mais également d’homme dans la vraie vie.

Quand vous passez un grade en kendō, évaluez-vous dans votre vie de tous les jours. La pierre brute que nous sommes doit se polir par la pratique de notre art, mais cela doit aussi avoir des effets sur nous-mêmes. A vous de choisir : pratiquer le kendō pour faire du sport, ou pratiquer le kendō comme un Art aux fins d’un accomplissement dans sa vie d’Homme. Pour moi, la réponse est claire, il n’y en a qu’une et c’est la seule façon de marcher dans la vie sans claudiquer.retour

Le Senpai
Gérard Pons

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Le lacher prise

Ne t’agrippe pas à ton shinaï, Relâche tes épaules, tu mets trop de force dans tes ushi… et la liste n’est pas limitative, que de fois nos sensei nous ont-ils prodigués ces conseils !
L’une (il y en a d’autres) des raisons est que nous transportons au dojo les soucis du monde extérieur, nous dirons du monde « profane » nous n’arrivons pas à nous relâcher, à lâcher prise (terme bien connu en sophrologie). Je vais vous narrer un petit conte japonais, que certains connaissent certainement, et qui illustre parfaitement le lâcher prise.

 

Il était une fois, dans le japon médiéval deux moines qui cheminaient, pour être plus exact, un moine et un moinillon, ils marchaient en silence. Arrivant près d’un cour d’eau, ils virent une geisha, qui le kimono relevé à auteur des genoux tentait de traverser le ru en poussant des petits cris effarouchés. Pris de compassion le vieux moine s’approchant lui demanda ce qu’il pourrait faire pour elle, « me faire traverser ce ruisseau sans que je mouille mes vêtements » lui répliqua la donzelle !  Aussitôt dit aussitôt fait, le vieux moine empoigne la donzelle et la porte sur l’autre rive. Notre geisha forces courbettes à l’appui le remercie chaleureusement et s’en fût.
Notre moine regagna sa rive et son moinillon, continua de cheminer en silence, pendant tout ce temps notre novice passa par toutes les couleurs de l’arc en ciel, manquant presque de s’asphyxier. Le moine marchait devant sans manifester la moindre émotion, ni se rendre compte de ce qu’il avait provoqué chez son compagnon en prenant la courtisane dans ses bras. Plusieurs lieux plus loin, marche accomplie dans un silence pesant, notre moinillon n’y tenant plus, rouge de confusion, s’approche de son maître et lui tint ce langage :
Maître, mon maître comment avez-vous pu ? Les mots avaient du mal à sortir, comment avez-vous pu tenir cette courtisane dans vos bras ?
Le moine interrompant sa marche, regarda gravement son élève et lui dit :
Je n’ai tenu cette femme que quelques secondes dans mes bras, toi cela fait 4 heures que tu la porte !

Voici une belle illustration du lâcher prise, voila ce qui arrive quand on s’arc-boute. Déjà sur le chemin qui mène au dojo, faite le vide, laissez-vous envahir par une vacuité bienfaitrice, imagine-t-on remplir un verre s’il est déjà plein ? Videz le superflu de votre être pour laisser de la place à l’enseignement qui va vous être dispensé. Conditionnez-vous avant, arrivez détaché au dojo, les épaules seront moins crispées, le shinaï sera plus léger et vous aurez une plus grande disponibilité.
Vous voyez c'est simple, il suffit de commencer demain, je parle du lâcher prise, pas de prendre une geisha dans vos bras. quoi que. Cela peut également se décliner au féminin, il suffit de remplacer les moines par des nones, et la geisha par un samouraï qui craint de mouiller le bas de son hakama !!

Le Senpai
Gérard Pons